France

Allemagne, danger immédiat ?

La nouvelle peur française du danger allemand a des causes actuelles. Mais elle se fonde essentiellement sur l'idée que l'Allemagne est un «ennemi héréditaire », à la fois héritière de la Prusse belliciste de Bismarck et du IIIe Reich destructeur de Hitler. Alfred Grosser dénonce ici ce qu'il appelle une crainte «absurde» et plaide en faveur de la solidarité franco-allemande*.

Marcel Gauchet, le franc- tireur des hautes études

La célèbre École des hautes études en sciences sociales vient de consacrer une personnalité non conformiste: elle a élu Marcel Gauchet directeur d'études. Sans agrégation, sans doctorat, r homme a fait irruption en 1980 dans le monde des idées en s'en prenant aux thèses de Michel Foucault. Les historiens préfèrent qu'on le dise philosophe. Et les philosophes le tiennent volontiers pour un historien dévoyé... Le principal intéressé s'en amuse. Têtu, il continue de construire une œuvre qui embrasse tous les domaines des sciences humaines, de la religion au politique, en passant par la psychiatrie. Jean-Maurice de Montremy a rencontré cet intellectuel «bulldozer».

Pourquoi l'école de Jules Ferry divise la France

Depuis près de deux siècles, l'école est au centre des passions françaises. L'échec de la «loi Savary», en 1984, laissait penser que les Français avaient définitivement clos cette querelle. Pourtant, l'«affaire des foulards islamiques de Creil» l'a récemment rallumée. Voilà pourquoi nous avons demandé à Mono Ozouf de retracer les difficiles rapports que les Français entretiennent avec leur école depuis la Révolution. Nombre d'idées reçues sont remises ici à leur place: l'alphabétisation n'a pas commencé avec la République; Jules Ferry n'a pas inventé l'école pour tous; une redéfinition de la laïcité est indispensable, etc. Une mise au point capitale.

« Quarante millions de pétainistes » ?

En matière d'opinion, le plus visible n'est pas toujours le plus significatif et le plus logique est rarement le plus révélateur. Sous le coup du traumatisme de l'été 40, les esprits sont au comble de la confusion et les rumeurs les plus invraisemblables courent le pays. Quand tout devient insaisissable, comment appréhender l'attitude des Français face à la défaite, à l'armistice et au régime de Vichy ?

Les rutabagas sont arrivés

Après le grand éparpillement de l'exode, les Français sont rentrés chez eux. La vie reprend, d'autant plus difficile que les prélèvements des «Chleuhs» épuisent les ressources du pays. Dans les villes on manque de tout : pain frais, beurre, viande, charbon et essence sont rationnés. Le vélo devient le roi des transports et le rutabaga celui du repas quotidien. Pour survivre, on improvise grâce au «système D» et au marché noir. Et l'hiver s'annonce particulièrement rude.

La guerre des propagandes

En décembre 1940, la propagande allemande a gagné sur tous les tableaux. La presse, l'édition, la radio et le cinéma français semblent littéralement s'épanouir sous la botte ! Mieux : l'occupant parvient à donner l'illusion que cette renaissance culturelle a lieu dans un pays libre. Ce calcul se révèle parfaitemen t cynique. En laissant croire aux créateurs qu'ils demeurent les seuls maîtres de leurs œuvres, les Allemands conquièrent une influence sans partage sur la culture française.

L'exode : un pays à la dérive

Les «évacués» n'oublieront jamais les images tragiques et affreusement banales de leur fuite éperdue devant les troupes allemandes. Dans cette France en état de liquéfaction, plus aucune autorité, civile ou militaire, n'a de prise sur les événements, et les élites font toutes faillite. Dès lors, faut-il s'étonner que la plupart des Français aient accepté à la fois un armistice et un maréchal de France qui s'érigeait en sauveur?